Quel taux de marge dans mon secteur ?

  1. taux de marge

Nous avons vu dans l’article « à quoi sert la marge ? » que l’entreprise doit dégager une marge opérationnelle dans la performance du secteur, sinon elle est fragilisée. Comment prendre connaissance du taux de marge de vos concurrents ?

À la base, il y a deux sources d’information :

  • Les comptes légaux, publiés dans chaque pays selon les obligations légales. En France, ce sont les comptes déposés au greffe du tribunal de commerce.
  • Les comptes publiés par les entreprises cotées en bourse dans l’information financière règlementée. La réglementation est assurée par le gendarme de la bourse concerné : AMF en France, SEC aux Etats-Unis, etc.

A cela s’ajoutent les prévisions et commentaires des analystes des grandes banques.

Comment naviguer avec tout cela ? Voici un mode d’emploi, avec un exemple : le secteur des équipementiers automobiles.

 

1. Commencer avec un regard sur les taux de marge des entreprises françaises cotées

Le site Investir / Les Echos vous donne le taux de marge opérationnelle de chaque entreprise du SRD. Ce sont les entreprises cotées en France sur lesquelles il y a plus de 100 000 euros de transactions par jour, avec la possibilité de filtrer celles de votre secteur d’activité.

 

Exemple :

 

 

Vous pouvez ensuite cliquer sur chaque entreprise pour trouver son chiffre d’affaires, et calculer la moyenne pondérée du taux de marge du secteur.

 

Exemple :

2016_07_18_Marge_Secteur_2

 

A chaque ligne vous lisez ici les résultats de l’ensemble du groupe, dans le monde entier, contrôlé par une société mère dont le siège social est en France.

 

Constatez que le tableau parle beaucoup plus si vous voyez les données sur le taux de marge par entreprise. C’est beaucoup plus parlant qu’une moyenne du secteur. Vous apprenez que Michelin et Faurecia sont les deux premiers du secteur en termes de chiffre d’affaires. Qu’ils se situent chacun aux deux extrémités de la fourchette de profitabilité. Que Plastic Omnium dégage une profitabilité supérieure à celle de Valeo. Mais sur un chiffre d’affaires trois fois plus petit. Etc.

 

Ce premier regard a des limites :

  • la période couverte est courte,
  • il ne vous donne que les entreprises françaises,
  • il vous donne les taux de marge des groupes, qui amalgament plusieurs segments d’activité.

 

2. Allonger la période d’analyse historique

Il vous faut maintenant aller chercher les données sur le site de chaque entreprise. Pour ne pas vous perdre dans la multitude de données de « com », la méthode est simple : le site de l’entreprise et non celui de la marque, onglet investisseurs, informations réglementées, « Document de référence » de l’année que vous cherchez, sommaire, comptes consolidés, compte de résultat consolidé.

 

Exemple :

2016_07_18_Marge_Secteur_3

 

En remontant jusqu’à 2010, vous constatez que, chez les constructeurs comme chez les équipementiers, les taux de marge des trois dernières années sont clairement au-dessus des niveaux précédents. Jusqu’en 2013, 7% était un bon niveau de taux de marge opérationnelle pour un équipementier automobile. A partir de 2014, cela devient moins flagrant. S’agit-il d’un retour à un niveau avant la crise de 2008-2009 ou le niveau visé est-il désormais plus haut et pourquoi ?

 

En remontant encore un peu plus dans le temps, on obtient ces courbes :

 

2016_07_18_Marge_Secteur_4

2016_07_18_Marge_Secteur_5

 

Ces courbes montrent très clairement un mouvement d’ensemble de progression de la marge au-delà du niveau d’avant la crise de 2008-2009. Le niveau d’il y a 10 ans était-il trop bas ? Pourquoi ? Peut-être faut-il remonter encore plus dans le temps et se faire raconter l’histoire par les « anciens ». Peut-être une vision plus mondiale du secteur permettrait de répondre à la question.

 

3. Ouvrir à une vision mondiale du secteur

On peut trouver sur internet un calcul de moyenne par secteur aux Etats-Unis, mais le détail n’est pas fourni. Je recommande plutôt à chacun de prendre le temps de définir ses tops 5 à 10 concurrents mondiaux et de prendre les données à la source sur les sites des entreprises comme indiqué dans l’étape précédente.

 

Ainsi, pour le secteur de l’équipement automobile, si on se réfère au classement par Automotive News des 100 premiers équipementiers mondiaux, sur la base de leur chiffre d’affaires 2014 en pièces automobile pour la première monte chez les constructeurs, on peut construire le graphique suivant, qui montre l’évolution sur 10 ans du  résultat opérationnel des 5 leaders mondiaux :

 

2016_07_18_Marge_Secteur_6

 

Si on exclut Continental AG, qui reste au-dessus des autres, et Aisin Seiki qui est assez stable autour de 6%, on constate que les trois autres leaders mondiaux du secteur, partis de niveaux de profitabilité assez dispersés avant la crise de 2008-2009, semblent converger vers un niveau de marge opérationnelle proche des 8%.  Pas loin de la moyenne calculée pour les entreprises françaises.

Alors une moyenne de 8% comme référence du secteur ?

 

4. Vérifier l’information par segment

Pourtant, il nous manque ici une information majeure : la grande différence de profitabilité entre les deux segments d’activité de Continental, « Automotive » et « Rubber » qui contient les pneus et autres équipements en caoutchouc, comme le montre le graphique ci-après :

 

2016_07_18_Marge_Secteur_7

 

Clairement, l’activité « Rubber » offre une marge opérationnelle nettement au-dessus des autres. Or, il se passe la même chose en France avec Michelin, dont la marge est nettement au-dessus des autres. Il nous faut donc corriger légèrement notre analyse pour exclure le segment « Rubber » :

2016_07_18_Marge_Secteur_8

 

On peut à ce stade conclure que le niveau de profitabilité du secteur est en nette progression, et que la référence est désormais autour de 8% pour les 5 leaders mondiaux et même 9% pour la France si Plastic Omnium confirme ce niveau de performance. Globalement, les perspectives de croissance restent importantes avec le développement de véhicules plus respectueux de l’environnement.
Ce petit exemple montre qu’il est très important de jeter un coup d’œil sur les données financières par segment qui sont systématiquement présentées à la fin des comptes consolidés (souvent juste avant la liste des entreprises du groupe).

 

Et bien sûr cette recherche appelle une analyse qualitative, que vous trouverez dans les notes d’analystes à demander à la DAF (notes de synthèse payantes sur une entreprise ou un secteur par un analyste financier d’une grande banque).

 

En résumé :

  • Mieux vaut réduire votre champ d’analyse à quelques sociétés, en exploitant bien les informations, que de brasser des statistiques sans détail dont il sera beaucoup plus difficile de tirer des leçons.

  • Commencer avec un regard sur les entreprises françaises cotées.

  • Allonger la période d’analyse historique.

  • Ouvrir à une vision mondiale du secteur.

  • Regarder rapidement les informations financières par segment.

  • Aller plus loin dans la connaissance de la performance financière de vos concurrents, en vous plongeant dans les notes d’analyste et dans les documents de référence (partie « management report » ou « rapport de gestion »), ce qui vous permettra de repérer les questions à poser à vos commerciaux et à vos acheteurs.

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