Qu’est-ce que l’EBITDA et à quoi sert-il ?

  1. EBITDA

Crise de cash, recherche de partenariats, … Votre entreprise ne communique plus que sur l’EBITDA ? Cet article est pour vous.

 

Qu’est-ce que l’EBITDA et à quoi sert-il ?

 

Résultat opérationnel avant amortissements et provisions

EBITDA est un acronyme anglais qui veut dire Earnings Before Interest, Tax, Depreciation and Amortization. En français, c’est le résultat opérationnel avant amortissements et provisions (1).

 

Chiffre d’affaires
–    Coûts opérationnels hors amortissements et provisions
=    Résultat opérationnel avant amortissements et provisions (« EBITDA »)
–    Amortissements et provisions
=    Résultat opérationnel
–     Intérêts
–     Impôt sur les bénéfices
=    Résultat net

 

D’où l’acronyme anglais : résultat net (Earnings) avant (Before) intérêts (Interest), impôt (Tax) et amortissements (Depreciation). Amortization veut dire amortissement du goodwill, cette notion n’existe pas dans les normes comptables internationales IFRS (2). L’acronyme est une simplification : Tax ne concerne que l’impôt sur les bénéfices (Corporate Tax), Interest inclut tous les frais et revenus financiers, et Depreciation, qui veut dire amortissement, inclut aussi toutes les provisions.

 

Un recalcul

En fait, dans le pilotage économique en interne, le compte de résultat n’est pas présenté comme ci-dessus, par nature. Les coûts sont répartis par fonction :

Chiffre d’affaires
–    Coût de revient des produits vendus (production et fonctions support)
–    Coûts de recherche et développement
–    Coûts commerciaux et marketing
–    Coûts généraux et administratifs
–    Autres coûts opérationnels
=    Résultat opérationnel

 

Les coûts de chaque fonction incluent les amortissements correspondants. L’EBITDA n’est donc pas une étape dans le pilotage. C’est un recalcul en partant du résultat opérationnel et en « dé-soustrayant » les amortissements et provisions. Par exemple si le résultat opérationnel est de 100, et tous les amortissements et provisions de 20, EBITDA = 100+20.

 

Que sont les amortissements ?

Les amortissements sont la quote-part pour la période du coût d’achat de tous les biens investis en service dans l’entreprise, qu’ils aient été achetés dans l’année ou les années précédentes.

Comptablement, un bien investi est un bien qui crée de la valeur pendant plus d’un an, qu’il soit matériel (bâtiment, installation, machine, matériel de transport, mobilier…) ou immatériel (brevet, marque, …).

Le coût d’acquisition d’un bien investi est enregistré à l’actif du bilan dans les immobilisations (l’actif du bilan est la photographie en fin de période de tout ce que l’entreprise possède). A chaque fin de période, on vient déduire de la valeur du bien investi le montant de l’amortissement de la période, pour le « transférer » comme un coût dans le calcul du résultat opérationnel. L’amortissement est tout simplement égal au coût d’acquisition divisé par la durée de vie économique. La durée de vie économique est la durée pendant laquelle le bien crée de la valeur.

Ainsi, on fait d’une pierre deux coups. Dans le bilan, on suit la valeur « usée » du bien (valeur nette). Pour le calcul du résultat opérationnel on répartit le coût du bien sur sa durée de vie économique.

 

Exemple d’amortissement

Exemple :
Coût d’acquisition d’une machine : 100 000 €
Durée de vie économique : 10 ans
Mise en service : 1 janvier année N

 

Période :                                               Année N          Année N+1         etc.

 

Actif du bilan :

Immobilisations brutes :            100 000 €         100 000 €
– Amortissements cumulés :     -10 000 €        – 20 000 €
= Immobilisations nettes :            90 000 €          80 000 €

 

Compte de résultat :

Amortissements de la période :   -10 000 €       -10 000 €

 

Les amortissements correspondent à un calcul et non à une transaction donnant lieu à un paiement. Les transactions donnant lieu à paiement sont les investissements de la période. On dit donc que les amortissements sont des écritures « non cash ». Le cash, la sortie d’argent, c’est l’investissement, pas l’amortissement.

 

Que sont les provisions ?

Les provisions sont des dépenses qui n’ont pas encore fait l’objet d’une transaction, mais qu’un événement de la période rend probables. Si les amortissements sont en retard de la dépense d’investissement, les provisions sont elles en avance de la dépense probable.

Les provisions sont donc elles aussi des écritures « non cash ». Le cash sera lorsque la dépense probable sera confirmée.

Exemple : provision pour départ à la retraite (indemnité de départ provisionnée au fur et à mesure des années de travail).

 

L’EBITDA est l’autofinancement opérationnel

Bien que calculé dans le compte de résultat, l’EBITDA est un indicateur de cash. Pour comprendre à quoi il sert, il faut parler du cash flow.

Le cash flow est l’argent réellement rentré, en net de ce qui est sorti, sur une période. Si vous êtes petit commerçant propriétaire de votre magasin, votre cash flow du jour c’est ce que vous avez encaissé aujourd’hui moins ce que vous avez dépensé aujourd’hui.

Votre résultat est autre chose. C’est ce que vous pouvez prendre dans la caisse aujourd’hui, d’après un calcul de votre gain définitivement acquis aujourd’hui : ce que vous avez gagné avec vos ventes du jour, même si elles ne sont pas payées aujourd’hui, compte tenu des coûts imputables à aujourd’hui, même s’ils ne sont pas payés aujourd’hui.

Si vous payez aujourd’hui un nouvel ordinateur 500 €, votre cash flow du jour inclut toute la dépense (- 500 €) mais dans le calcul du résultat, vous ne prenez qu’un jour d’amortissement de cet ordinateur, soit par exemple 0,60 € (500 € / 3 ans / 275 jours).

Pour calculer le cash flow opérationnel du jour, vous prenez donc l’EBITDA, le résultat opérationnel sans l’amortissement de l’ordinateur, et vous déduisez l’investissement payé, c’est-à-dire la dépense de 500 € pour l’ordinateur.

L’idée de l’EBITDA est une « dé-soustraction » des éléments non cash du résultat opérationnel pour obtenir le gain potentiel de cash provenant de la marge, qu’on appelle l’autofinancement opérationnel.

 

Que finance l’EBITDA ?

Cet autofinancement opérationnel sert à financer les investissements et l’augmentation du besoin en fonds de roulement. Quésaco ?

Le besoin en fonds de roulement est l’argent gelé dans les stocks, les factures clients en attente, moins les factures fournisseurs en attente.

Si vous créez une entreprise, vous devez financer ce besoin dès le départ.

Cet argent restera gelé pendant toute la vie de l’entreprise. Même si le stock tourne, il restera en permanence un certain niveau de stock, dépense en avance des ventes, non prise en compte dans le calcul du résultat. Même si les clients paient leurs factures, il restera toujours un en-cours de factures clients en attente de règlement du fait du délai de paiement que vous leur accordez.

Si l’entreprise grandit, le besoin en fonds de roulement augmentera : il faudra plus de stock, et plus d’en-cours de factures clients en attente. Pour grandir, il faudra aussi investir. Le cash flow opérationnel d’une période de croissance sera donc l’EBITDA, moins l’augmentation du besoin en fonds de roulement, moins les investissements.

Le besoin en fonds de roulement fait l’objet d’une optimisation : pour un niveau d’activité donné, une entreprise n’a jamais fini d’optimiser son stock et son en-cours de factures clients en attente. Le besoin en fonds de roulement peut donc diminuer, ce qui dégage de l’argent en banque. Par exemple, si vous réduisez votre stock, vous avez les mêmes rentrées d’argent mais vous en sortez moins.

 

De l’EBITDA au cash flow opérationnel

Au final, l’entreprise pilote ainsi son cash flow opérationnel :

EBITDA ou auto-financement opérationnel
–  Augmentation du BFR ou + Diminution du BFR
= Cash flow d’exploitation
–  Investissements
= Cash flow opérationnel

Il n’y a pas un bon ou un mauvais niveau de cash flow en soi. Il y a des périodes pour montrer au marché financier qu’on peut générer du cash, et des périodes pour aller chercher du cash et l’engager dans le développement de l’entreprise. Mais il y a un cash flow opérationnel optimisé pour une stratégie donnée, avec le meilleur niveau d’EBITDA, des investissements maîtrisés et rentables, un besoin en fonds de roulement optimisé.

 

Un multiple de l’EBITDA pour négocier le prix d’acquisition d’une entreprise

Lorsqu’une entreprise veut en acquérir une autre, pour décider quel prix elle est prête à payer, elle fait un calcul de rentabilité d’investissement.
Autour de la table de négociation, ce calcul n’est pas dévoilé et on va souvent discuter du prix en négociant un multiple de l’EBITDA. Quel EBITDA, le passé, le présent, le futur et si oui lequel ? C’est tout l’enjeu de la négociation…

 

L’EBITDA ne permet pas de piloter la profitabilité

Dans la mesure où il ne prend pas en compte les amortissements, l’EBITDA n’est pas un outil de pilotage de la profitabilité. Le bon outil pour cela est le résultat opérationnel.

Une automatisation réduit les coûts de personnel et augmente les amortissements. Le renouvellement d’un équipement réduit les coûts de maintenance et augmente les amortissements. L’EBITDA ne donne pas une vision complète de la profitabilité.

 

En résumé, l’EBITDA est un indicateur de cash. Il représente l’autofinancement opérationnel, qui permet à l’entreprise de financer sa croissance (investissements, augmentation du besoin en fonds de roulement) de façon autonome. Il peut être utilisé pour négocier le prix d’acquisition d’une entreprise. Ce n’est pas un outil de pilotage de la profitabilité, car il lui manque un élément clé dans ce domaine : les amortissements.

 

1 – Le terme comptable est Excédent Brut d’Exploitation mais il n’est pas utilisé par les contrôleurs de gestion dans leur pilotage.

2 – Le goodwill est le surplus payé pour l’achat d’une entreprise par rapport à sa valeur nette comptable au moment de l’achat. En français on dit survaleur. Dans les normes comptables internationales (IFRS), suivies par toutes les entreprises européennes cotées en bourse et la plupart des grandes entreprises, le goodwill n’est pas amorti. On vérifie chaque année que la valeur comptable de l’entreprise est au moins égale à sa juste valeur, sa valeur économique.

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