Notre approche pédagogique pour les opérateurs

Secrets d'expert

  1. approche pédagogique

En plus de dix ans d’expérience, presque la totalité des opérateurs que nous avons formés aux enjeux financiers de l’usine ont été grandement satisfaits. Pourtant, des inquiétudes ou des réticences sont souvent exprimées au tour de table d’ouverture. Certains pointent l’inconfort dans une situation qui rappelle l’expérience scolaire. D’autres craignent  trop de chiffres, un sujet trop loin d’eux, voire une manipulation. Voici nos secrets pour les aider, par une approche pédagogique et une animation adaptées, à dépasser ces craintes.  Il s’agit de faciliter la participation et la compréhension, d’éveiller l’intérêt et de gérer la mémorisation.

 

Faciliter la participation

 

Prendre le temps nécessaire pour que le tour de table d’ouverture installe une dynamique participative.

Avec les opérateurs, une approche pédagogique participative s’impose. Elle commence dès la séquence d’ouverture. Poser des questions, sur leur job, sur leurs attentes, sur un exemple de problème lié au sujet. Insister jusqu’à obtenir un groupe qui répond. Donner dès ce stade des éléments de contenu visiblement improvisés pour montrer que tout n’est pas prévu d’avance.

 

Aborder le programme avec un jeu qui va accélérer l’engagement.

Une approche pédagogique ludique permet de faciliter la participation. Action manuelle, rôle à jouer, détour par un autre univers qui détend l’atmosphère, mise en retrait de l’animateur pour laisser un espace aux équipes…  J’utilise le jeu « Les 400 Coûts » que j’ai développé. Chacun y joue un rôle mais avec des choses à faire suffisamment cadrées. Les tapis de jeu modélisent une usine et son poste de pilotage. Il s’agit de fabriquer des tirelires et de manipuler des jetons.

En savoir plus sur notre business game « Les 400 Coûts ».

 

Découper la journée en des séquences courtes et variées.

Une approche pédagogique adaptée aux opérateurs inclut un programme bien rythmé. Voici le type de séquences que nous utilisons pour concocter nos programmes :

 

  • Séquences de jeux

J’utilise plusieurs épisodes du jeu « Les 400 Coûts ». Je fais changer les joueurs de place et de rôle, je leur fais subir des aléas. À la fin ils doivent prendre une décision. J’utilise aussi le jeu « combien ça coûte » sur le mode du « juste prix ». Il y a un petit lot à gagner.

 

  • Séquences de débriefing sur des posters interactifs

Je fais tirer les diapositives clés sur des posters muraux avec des zones à remplir avec les stagiaires.

 

  • Mini-atelier de recherches d’idées

Je leur fais chercher des exemples réels d’améliorations ou de problèmes à traduire en euros. Je crée ainsi un espace pour les échanges qui facilitent la cohésion. En outre, ces exemples ancrent le contenu au plus proche de la situation professionnelle de chacun.

 

  • Powerpoint avec modération et en mode dynamique

Attention à la présentation qui nécessite d’assombrir la pièce et peut avoir un effet boîte à musique (rrrrr…). Plus à l’aise avec les supports ludiques matériels, je n’utilise cet outil que pour quelques compléments de contenu sur des diapositives animées.

 

  • Conclusion par un membre du comité de direction.

 

Faire bouger les stagiaires.

Une approche pédagogique pour des opérateurs passe aussi par la gestion de l’espace et des mouvements. Ils ne sont pas habitués à passer une journée assis. Je change la configuration de la salle plusieurs fois dans la journée. J’invite les stagiaires à changer de place, et à rester debout s’ils en ressentent le besoin.

 

Etre vigilant pendant les exposés.

Le risque de perdre son auditoire est plus fort avec cette population. Je pose beaucoup de questions et m’assure que les réponses ne viennent pas toujours des mêmes. Dès que l’exposé en donne l’opportunité, je fais calculer quelqu’un à ma place.

Prévoir une petite activité pour repérer ceux qui ont des difficultés particulières.

Après le premier épisode du jeu, je leur fais remplir une fiche rapport : ils en parlent ensemble et chacun remplit sa fiche. Je repère ainsi ceux qui ont des difficultés, et m’assure de leur intégration dans le groupe.

Ne laisser personne en retrait.

Chaque participant doit sentir qu’il est important à mes yeux au moins une fois dans la journée.

 

A l’inverse, ne pas laisser quelqu’un monopoliser la participation.

Les leaders seront reconnus mais ne prendront pas tout l’espace de parole et d’opinion.

 

Appeler les gens par leur prénom.

Je fais porter à chacun un badge avec son prénom et j’apprends progressivement les prénoms par cœur.

 

Faciliter la compréhension

 

Les opérateurs ont souvent développé une grande intelligence pratique, concrète. Ils sont souvent moins armés pour l’abstraction. Un point clé de notre approche pédagogique consiste à s’assurer que le contenu s’appuie toujours sur quelque chose de concret : une représentation visuelle, une expérience, un cas concret, une anecdote, une métaphore, … Voici quelques uns de mes outils pour leur parler finance concrètement.

Un jeu permet de voir et toucher des concepts abstraits

Le jeu « Les 400 Coûts » est au fond un schéma dynamique qui permet de voir comment se calcule la marge opérationnelle à partir de la réalité dans l’atelier et les magasins, en faisant appel à la mise en situation, aux mains et aux yeux.

PlateauJeuP&LJeu

 

Il apporte une représentation visuelle de la marge opérationnelle que je reprends ensuite dans un poster sur mesure présentant la vraie marge opérationnelle de l’usine des stagiaires. Ce graphique, avec des codes couleurs pour les différentes composantes de la marge, permet d’appréhender le niveau de marge et l’importance des différents coûts d’une façon beaucoup plus parlante qu’un tableau de chiffres.

Poster

Faire parler les chiffres

Je les aide cependant à faire parler les chiffres d’un montant élevé. Par exemple, dès l’annonce du montant du chiffre d’affaires, je le compare avec d’autres usines et avec le total groupe, avec leurs clients, leurs concurrents, ou encore avec le budget annuel d’un club de foot, ou les dépenses publiques de la France. Je traduis certains coûts en voitures neuves ou en maisons.

 

Faire le lien avec la réalité concrète des opérateurs

A la clarté du schéma, j’ajoute une description très concrète de chaque composante : comment se répartissent vos ventes par famille de produits ou par marché, quelles sont vos matières et composants et lesquels ont le plus de valeur, qui est en main d’œuvre directe, etc.

 

Les autres épisodes du jeu « Les 400 Coûts » permettent ensuite d’appréhender en situation l’impact économique des différents aléas de production. Par exemple, que se passe-t-il sur la marge en cas d’arrêt d’un équipement, ou si on laisse passer un défaut.

 

Pour aborder le coût de ce qui s’achète, je réalise des cartes avec la photo d’objets manipulés tous les jours dans l’usine (matières, composants, pièces de rechange, …) et je fais deviner leur coût.

 

Dès que possible, je fais appel aux comparaisons avec les finances du ménage. Par exemple, votre facture d’électricité comprend un coût fixe (l’abonnement) et un coût variable (la consommation). Ou encore, les inconvénients financiers du stock sont ceux d’un ménage qui achète et remplit un congélateur : une dépense en avance, un coût de gestion et un risque de jeter.

 

Eveiller l’intérêt

 

Un autre point clé d’une approche pédagogique adaptée aux opérateurs consiste à s’adresser à leur curiosité. Ils se concentrent plutôt par l’action que sur les paroles d’un orateur. Leur demander une discipline d’écoute peut vite être contre-performant : on entendra les mouches voler… et les bâillements étouffés ! Voici les facteurs clés qui se dégagent de mon expérience :

  • Eveiller avec le jeu l’envie de savoir ce que rapporte une activité.
  • Parler de la réalité de leur usine avec les vrais chiffres, des exemples réels.
  • Raconter de façon claire et convaincante les enjeux de la marge : historique, comparaison avec les concurrents, feuille de route pour l’avenir. Prendre du recul.
  • Pour le reste, parler le plus possible sur le mode « combien ça coûte », ce qui fait appel à la curiosité naturelle : combien coûtent les objets manipulés tous les jours, combien coûte un arrêt, un défaut, la non qualité à l’année.
  • Répondre aux questions : je réponds à toutes les questions au fur et à mesure, sauf obligation pédagogique de reporter à plus tard, et dans ce cas je m’assure de ne pas oublier la question. Je prévois pour cela un temps suffisant pour chaque séquence. Je note sur le tableau de papier les questions trop spécifiques et je les reprends avec la personne venant faire la conclusion. Une seule question sans réponse peut  tuer l’intérêt et la cohésion.

 

Gérer la mémorisation

 

Dernier point clé d’une approche pédagogique adaptée aux opérateurs : faciliter l’assimilation du contenu. Dans nos formations aux enjeux financiers de l’usine, le contenu n’a rien de complexe mais il s’accumule vite : vocabulaire, notions et chiffres qui en rebutent plus d’un.

 

Proposer un regard sur le pilotage économique très synthétique, affiché sur les posters muraux qui vont être complétés au fur et à mesure de la journée. Par exemple : la marge opérationnelle, combien coûtent 15 objets manipulés tous les jours, combien coûte et combien rapporte une heure, les coûts de non qualité à l’année, laisser passer un défaut peut coûter très cher.

 

Poser un regard sur le compte de résultat qui s’en tient à deux indicateurs : le chiffre d’affaires et la marge opérationnelle. Le reste est présenté comme un détail pour les piloter ou un complément pour savoir à quoi sert la marge. Inviter les stagiaires à mémoriser le montant de ces deux indicateurs, en leur faisant réaliser à quel point la prochaine réunion d’information leur parlera plus s’ils connaissent ces deux chiffres.

 

Savoir à l’avance quelles définitions et chiffres clés vous souhaitez que les stagiaires retiennent, et prévoir de multiples séquences de mémorisation de ce contenu essentiel.

 

Les moments frappants des jeux, les schémas et illustrations feront le reste.

En conclusion, les opérateurs sont une grande école de la pédagogie. Mise à part la vigilance sur l’abstraction, tous les points clés de l’approche pédagogique que j’ai développés pour bien former les opérateurs se sont révélés très utiles pour les autres populations que je forme sur le pilotage économique industriel.

 

Aller plus loin :

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